Pourquoi la ghréline et LEAP2 pourraient expliquer la rechute de l’anorexie mentale

6

C’est une statistique brutale. Jusqu’à la moitié des personnes traitées pour anorexie mentale rechutent en dix ans. Cette maladie a une prévalence au cours de la vie d’environ 4 % chez les femmes, et les enjeux sont toujours élevés. La rechute n’est pas seulement un revers ; c’est un retour à un état où le corps est affamé et l’esprit est piégé.

Pourquoi cela continue-t-il à se produire ?

De nouvelles recherches suggèrent qu’une lutte acharnée hormonale pourrait détenir la clé. Plus précisément, les scientifiques étudient deux protéines : la ghréline et LEAP2. Comprendre l’équilibre entre ces deux éléments pourrait enfin expliquer la biologie de la rechute et orienter vers des traitements allant au-delà de la simple restauration du poids.

La bataille hormonale : Ghréline contre LEAP2

Pour comprendre pourquoi les rechutes sont si fréquentes, il faut examiner la biologie de la faim. La ghréline est connue comme « l’hormone de la faim ». Cela signale au cerveau de manger. Dans un corps sain, les niveaux de ghréline augmentent avant les repas et diminuent après les repas, fournissant ainsi une boucle de rétroaction claire.

Mais l’anorexie perturbe cette boucle.

Une nouvelle étude a suivi 30 femmes âgées de 18 à 60 ans souffrant d’anorexie mentale au cours d’un programme de réalimentation de quatre mois. La réalimentation est le processus médical consistant à augmenter lentement l’apport calorique pour rétablir la santé. Les participants ont fourni des échantillons de sang à trois moments clés : avant le traitement, après quatre mois et à nouveau six mois après leur sortie.

Les résultats ont été frappants.

Lorsque les patients ont été hospitalisés pour la première fois et souffraient d’une insuffisance pondérale grave, leurs niveaux de LEAP2, une protéine qui empêche la ghréline de faire son travail, étaient 20 % plus élevés que lorsqu’ils avaient pris du poids. LEAP2 agit comme un antagoniste, atténuant essentiellement le signal de la faim.

Voici la découverte cruciale : le rapport entre la ghréline et LEAE2 est corrélé au contrôle des impulsions chez ceux qui ont maintenu leur poids. En d’autres termes, l’équilibre hormonal se stabilisait lorsque les patients restaient en bonne santé.

Mais chez ceux qui ont rechuté ? Les niveaux LEAP2 ont remonté.

Les études animales l’ont confirmé, reliant directement ces changements hormonaux à l’état nutritionnel. Ce n’est pas seulement une lutte psychologique. C’est une question physiologique.

“En l’absence d’accès à la nourriture, le cerveau s’adapte en n’attendant pas autant de récompense de la nourriture.”

Pourquoi c’est important pour la récupération

Alors, comment cela conduit-il à une rechute ?

Rebecca Boswell, PhD, directrice du Princeton Center for Eating Disorders, explique que le cerveau s’adapte à la famine en atténuant son système de récompense. La nourriture n’a pas aussi bon goût. Manger ne semble pas gratifiant. Il s’agit d’un mécanisme de survie, mais il rend la récupération incroyablement difficile, car le cerveau ne considère plus manger comme une activité positive.

La récupération nécessite de « recâbler » ce système. Grâce à l’exposition à la nourriture et à la restauration du poids, le cerveau doit réapprendre que manger apporte une récompense. C’est là qu’intervient la voie ghréline/LEAP2.

Pour une guérison réussie, le corps doit sortir de cet état protecteur et silencieux. Lorsque les patients maintiennent un poids stable, la balance ghréline/LEAE2 prend en charge le contrôle des impulsions. Lorsque cet équilibre échoue et que LEAE2 augmente à nouveau, les signaux de faim sont bloqués ou déformés. Le cerveau revient à son mode de famine.

Erin Birely, LCPC, experte en troubles de l’alimentation au Centre Renfrew, souligne que la ghréline ne provoque pas de rechute de manière isolée. Le rétablissement est complexe : les facteurs biologiques, psychologiques et sociaux s’entremêlent. Cependant, cette recherche met en évidence un mécanisme spécifique : le corps et le cerveau restent profondément connectés tout au long du processus de guérison. Si le signal biologique est erroné, le travail psychologique devient exponentiellement plus difficile.

Aller au-delà du poids : la recherche de meilleurs biomarqueurs

Actuellement, le principal indicateur de réussite dans le traitement des troubles de l’alimentation est le poids. Si l’échelle monte, le traitement a fonctionné. Pour beaucoup, cela est insuffisant. Le poids n’est qu’un point de données.

Les résultats sur la ghréline et LEAE2 suggèrent qu’une approche plus nuancée est possible.

Boswell décrit la possibilité d’utiliser les changements hormonaux comme biomarqueurs pour le succès du traitement. Au lieu de se fier uniquement aux kilos repris, les cliniciens pourraient mesurer les niveaux de ghréline et de LEAE2 pour voir si le cerveau guérit réellement ses voies de récompense.

Cela pourrait changer la donne pour les soins individualisés.

Si le poids d’un patient se stabilise mais que son profil hormonal montre toujours des signes de famine, le plan de traitement devra peut-être être ajusté avant qu’une rechute ne se produise. Cela fait passer le modèle d’un modèle réactif – attendre que la perte de poids déclenche une intervention – à une approche proactive fondée sur la science.

“Des travaux futurs pourraient nous permettre de considérer… les changements dans les fonctions hormonales… et cognitives comme indicateurs de l’issue du traitement.”

La voie à suivre

Cette recherche n’offre pas de remède. Il n’y a pas de nouvelle pilule à l’horizon basée uniquement sur ces découvertes. Cela clarifie la réalité biologique de l’anorexie. Cela confirme que le trouble modifie physiquement la façon dont le corps communique la faim et la récompense.

Pour les millions de personnes touchées par les taux de rechute d’anorexie mentale, cette validation est significative. Ce n’est pas un manque de volonté. Il s’agit d’un déséquilibre dans la signalisation hormonale que le corps a du mal à corriger.

À mesure que les modèles de traitement évoluent, l’intégration de ces biomarqueurs pourrait signifier des interventions plus précoces et un soutien plus personnalisé. Mais pour l’instant, le fossé entre la compréhension biologique et l’application clinique demeure.

Nous savons que les hormones sont impliquées. Nous voyons le modèle. La prochaine étape consiste à transformer ces données en un outil réellement efficace.